L’ambassadeur qui aimait trop les hommes

Je vous livre ici, avec une peti­te histoi­re iné­di­te, ce qui s’est vrai­ment pas­sé dans l’affaire de l’ambassadeur gay refu­sé par le pape François.  Un pape dont la colè­re a fait trem­bler les murs de Sainte-Marthe.  Puisqu’on me le deman­de avec insi­stan­ce, j’accepte de vous livrer moi aus­si ma pro­pre ver­sion sur cet­te affai­re de l’ambassadeur fra­nçais auprès du Saint-Siège.  Je serai bref par­ce que le vati­ca­ni­sme m’ennuie.

Comment les cho­ses se sont-elles pas­sées ?

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Laurent Stefanini, l’am­bas­sa­deur refu­sé par le pape

A un moment don­né, le gou­ver­ne­ment fra­nçais décla­re avoir choi­si son ambas­sa­deur auprès du pape, un scé­na­rio qui du reste se tra­mait en cou­lis­se depuis plu­sieurs mois pui­sque le car­di­nal de Paris, Mgr Vingt-Trois, avait cité son nom et même fait cam­pa­gne pour la nomi­na­tion de son favo­ri : Laurent Stefanini.  Excellent CV, bon diplo­ma­te, par­fait pour ce rôle.  Seul signe par­ti­cu­lier (et enco­re, pui­sque c’est dans l’ADN de la diplo­ma­tie depuis des siè­cles, sur­tout celui de la diplo­ma­tie franco-anglaise) : il est homo­se­xuel.  Vous me répon­drez : et alors, au Vatican, un de plus ou un de moins, ça ne chan­ge­rait pas grand-chose.  En effet.  D’autant plus que c’est aus­si pour cet­te der­niè­re rai­son, la pédé­ra­stie de l’ambassadeur, que le gou­ver­ne­ment fra­nçais n’a pas hési­té un seul instant à en fai­re son favo­ri et à en aver­tir immé­dia­te­ment les médias.  Quelle occa­sion rêvée, en effet, pour fai­re écla­ter un scan­da­le.  Rappelons que le pré­si­dent fra­nçais est un libéral-radical pour le moins achar­né et donc natu­rel­le­ment anti­ca­tho­li­que.  Ce der­nier était donc tout heu­reux de pou­voir offrir au pape ce cadeau empoi­son­né et de mon­trer publi­que­ment qu’il pou­vait mener le pape par le bout du nez.

Quant à ce tri­ste sire de Cardinal de Paris, il a fait pre­u­ve d’une  per­spi­ca­ci­té et une intel­li­gen­ce typi­que du niveau moyen que l’on ren­con­tre chez tous les évê­ques : quel­que cho­se qui res­sem­ble fort à de la bêti­se avec en outre le sou­tien de cer­tains mem­bres de la Curie romai­ne dont il vaut mieux tai­re les noms.  Il croyait que le fait qu’il ne vive pas avec un hom­me (donc pas de per­spec­ti­ve éven­tuel­le d’un « maria­ge ») et qu’il se fas­se met­tre l’hostie dans la main cha­que diman­che à la mes­se aurait suf­fit à en fai­re non seu­le­ment un catho­li­que exem­plai­re mais éga­le­ment un ambas­sa­deur par­fait pour le Saint-Siège, pre­sque un cas d’école : un ambas­sa­deur che­vron­né, catho­li­que pra­ti­quant, homo­se­xuel éga­le­ment pra­ti­quant mais qui ne vit pas en ména­ge avec un autre hom­me.   Il aurait cumu­lé tou­tes les qua­li­tés, en som­me, et aurait con­sti­tué pre­sque un exem­ple de ver­tu à notre épo­que.

Le pro­blè­me c’est que tout cela s’est dérou­lé dans le dos du pape.  Au moment où tous ont com­pris qu’ils ava­ient ven­du la peau de l’ours argen­tin avant de l’avoir tué, ils ont eu la pire idée qu’il était pos­si­ble d’avoir (évi­dem­ment le dia­ble, ain­si que leur intel­li­gen­ce mode­ste, s’en sont aus­si un peu mêlés) : ils ont essayé de met­tre un hom­me dur et fier, argen­tin et jésui­te, un chef-né doté d’une poi­gne d’acier, devant le fait accom­pli.  Il n’aura pas d’autre choix que d’accepter, pensaient-ils.  Du reste, ce sera tout béné­fi­ce pour la cam­pa­gne média­ti­que d’un pape « misé­ri­cor­dieux » accueil­lant un gay « exem­plai­re » com­me Stefanini.  Exemplaire, c’est vite dit, étant don­né qu’en tant qu’ambassadeur, et hors de tout cadre poli­ti­que, il s’était publi­que­ment expri­mé en faveur de la cam­pa­gne gen­der et du maria­ge pour tous, même si lui-même s’en dispen­sait.  Plus « exem­plai­re » que ça, tu meurs.

Permettez-moi à pré­sent d’ouvrir une paren­thè­se qui relè­ve un peu de l’égocentrisme, j’en con­viens.  Reconnaissez que j’ai été le pre­mier (après avoir pris con­seil auprès de per­son­nes plus que com­pé­ten­tes, il est vrai) à rédi­ger un arti­cle pour révé­ler un secret de poli­chi­nel­le : Jorge Mario Bergoglio, jésui­te argen­tin, est abso­lu­ment homo­pho­be : il est embar­ras­sé par tout ce qui tou­che de près ou de loin à la pédé­ra­stie.  C’est quel­que cho­se qu’il ne sup­por­te pas.  Lorsque, dans un élan de repen­tir, il a vou­lu pro­non­cer ces phra­ses « d’ouverture » sur les gays, décla­ra­tion d’ailleurs par­fai­te­ment ortho­do­xe bien que for­mu­lée de façon équi­vo­que, c’était pour lui une façon de liqui­der le pro­blè­me une bon­ne fois pour tou­tes et d’abandonner les gays à leur destin, leurs ido­les, leurs illu­sions.  J’ai publié un arti­cle sur ce point dans le quo­ti­dien La Croce (voir ici).  L’actualité ne fait que me don­ner rai­son et cor­ro­bo­re ligne par ligne que tout ce que j’avais écrit.

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François Hollande et Laurent Stefanini

Retournons à pré­sent à l’affaire Stefanini.  Ça s’est pas­sé ven­dre­di 17 avril, sauf erreur de ma part.  Une délé­ga­tion s’e­st ren­du dans le bureau du pape pour le met­tre devant le fait accom­pli con­cer­nant Stefanini, cer­tains de rece­voir sa gra­ti­tu­de. .  Mais tout à coup – et il s’agit ici d’un témoi­gna­ge direct – on com­me­nça à enten­dre des écla­ts de voix pro­ve­nant du bureau du pape, des écla­ts de voix de plus en plus vio­len­ts au fur et à mesu­re que la colè­re mon­tait, jusqu’à se tran­sfor­mer en hur­le­men­ts.  C’était le pape.  Hors de lui.  Il se leva d’un bond en mon­trant la por­te aux per­son­nes pré­sen­tes, les chas­sa pra­ti­que­ment tous dehors, prê­tres, évê­ques, diplo­ma­tes avant de leur cla­quer la por­te au nez.  Il par­tit ensui­te se réfu­gier dans la cha­pel­le, seul, pour prier et se cal­mer.  Pendant deux heu­res, un silen­ce gla­cé tom­ba sur les appar­te­men­ts du pape.  Glacé com­me cet­te colè­re incon­trô­la­ble que ses cour­ti­sans lui con­nais­sent.

Mais pour­quoi le pape s’est-il mis dans un état pareil ?

Il y eut tout d’abord cet­te pre­miè­re ver­sion éma­nant de la Curie, une ver­sion cour­ti­sa­ne qui visait à pré­ser­ver le per­son­na­ge média­ti­que du pape, le fan­to­che « gay-friendly », qui pré­ten­dait que le pape s’était fâché par­ce qu’ils ava­ient cas­sé son jouet entre ses mains en le brû­lant pré­ma­tu­ré­ment.  Ce jouet devait être Stefanini mais dans quel sens ?

Cette peti­te voix visant à accré­di­ter l’homosexualisme cyni­que et trom­peur du pape disait : « Il l’aurait accep­té cet ambas­sa­deur : ça aurait été très bon pour son ima­ge sans aller à l’encontre de la pra­ti­que ni de la doc­tri­ne de l’Eglise. C’était le gay par­fait pour ce rôle.  Tout ceci me lais­se pen­ser qu’il y a autre cho­se der­riè­re tout ça.  Peut-être une ten­ta­ti­ve de boy­cot­ter le pape et de le pren­dre en défaut sur cet­te affai­re.  Je ne com­prends pas le rôle du non­ce apo­sto­li­que Luigi Ventura : est-ce qu’il aurait déci­dé seul de lui deman­der de fai­re mar­che arriè­re ?  Ventura est lié aux milieux tra­di­tion­na­li­stes.  Ou alors s’agit-il d’une ten­ta­ti­ve pour fai­re nom­mer un con­cur­rent ?  Ou alors est-ce un jeu de répon­se du ber­ger à la ber­gè­re à la France con­cer­nant un autre dos­sier ? »

Un jeu ?  Ce serait donc pour jouer que le pape se serait mis en colè­re ?  Il devait alors être un bien mau­vais joueur pour chas­ser les inter­lo­cu­teurs qui lui appor­ta­ient cet­te ambas­sa­de empoi­son­née.

Cette peti­te voix pour­suit : « Le Vatican espé­rait obte­nir quel­que cho­se d’autre accep­tant un excel­lent ambas­sa­deur, cer­tes gay, mais cepen­dant catho­li­que pra­ti­quant et donc le fait qu’il soit gay est secon­dai­re.  Quant à savoir pour­quoi…  Pour les jour­naux ?  Ou par­ce que Ventura l’avait débou­lon­né ?  Pour une autre rai­son ?  Je ne peux pas croi­re que Bergoglio ne veuil­le pas d’un ambas­sa­deur gay.  Il est par­fait juste­ment par­ce qu’il est gay et catho­li­que pra­ti­quant.  Il ne fait aucun dou­te qu’il l’accepte. »

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Ne jamais défier Bergoglio. Ce regard est déjà un aver­tis­se­ment.

Tout ceci ne tient pas debout puisqu’il y a à pei­ne quel­que heu­res, le pape s’est rebif­fé en fai­sant per­son­nel­le­ment savoir à l’ambassadeur qu’il devait déga­ger et offi­ciel­le­ment renon­cer, ce qu’il a fait.

Que s’est-il donc vrai­ment pas­sé ?  Une cho­se très sim­ple : le pape a fait savoir au car­di­nal de Paris et à la diplo­ma­tie vati­ca­ne que c’est lui qui com­man­de à Rome.  Il a fait savoir à la France qu’un jésui­te, qui de sur­croît est pape, ne se lais­se mener par le bout du nez par aucun gou­ver­ne­ment fra­nçais.  Il a éga­le­ment fait savoir autre cho­se : il ne veut rien avoir à fai­re avec des homo­se­xuels paten­tés dans son entou­ra­ge, sur­tout s’ils sont impo­sés par d’autres.

De fait, en jan­vier déjà, le pape en per­son­ne avait mis son veto à la nomi­na­tion de l’ambassadeur homo­se­xuel mais le car­di­nal de Paris avait alors pen­sé pou­voir n’en fai­re qu’à sa tête avec le résul­tat que nous con­sta­tons aujourd’hui : Bergoglio ne plie pas.  S’il le faut, ce sont les autres qui rom­pent.  Le point d’achoppement pour le pape était son homo­se­xua­li­té bien sûr mais prin­ci­pa­le­ment son mili­tan­ti­sme homo­se­xuel.

Pour que l’on com­pren­ne bien, selon le rai­son­ne­ment de mon amie Tea Lancellotti : le Droit Canon pré­ci­se que l’excommunication auto­ma­ti­que frap­pe non seu­le­ment cel­le qui avor­te mais éga­le­ment celui qui le pra­ti­que ou le faci­li­te, ceux qui l’approuvent.  Le Pape l’a dit clai­re­ment dans cet avion qui reve­nait du Brésil : celui qui appuie et sou­tient les lob­bies gays com­met un péché.  L’ambassadeur ne coha­bi­te pas, c’est vrai, mais il a des rap­ports avec un hom­me et sou­tient le mou­ve­ment LGBT : c’est cela qui a déter­mi­né le refus du Pape.  L’Eglise ne four­re pas son nez dans la vie pri­vée des gens au sens où ce ne serait pas la pre­miè­re fois qu’une per­son­ne homo­se­xuel­le, ou même qu’un voleur paten­té, se voie con­fier une char­ge aus­si impor­tan­te au Vatican.  Le pro­blè­me s’est posé à cau­se du sou­tien public de Stefanini aux lob­bies gays.

Ce serait donc lui le pape des « ouver­tu­res » ? Sans dou­te ses pré­dé­ces­seurs étaient-ils plus ouverts que lui, l’inflexible jésui­te argen­tin à la main de fer dans un gant de velours…. s’il se rap­pel­le de le por­ter.

Par Antonio Margheriti, d’après un arti­cle ori­gi­nal en ita­lien tra­duit et publié avec l’autorisation de l’auteur.

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